Ce que la loi autorise réellement face à un animal sauvage en Île-de-France
- Jean-Michel Renard

- 31 déc. 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 16 heures
Quand un animal sauvage s’approche d’une habitation, la réaction est souvent immédiate : “je veux qu’il parte”. En pratique, la loi ne raisonne pas en “gêne” mais en statuts (espèce protégée, espèce encadrée, ESOD) et en méthodes autorisées. Résultat : une action “simple” (capturer, déplacer, boucher, détruire un nid) peut être interdite selon l’espèce et le contexte. L’objectif ici est de clarifier ce qui est réellement autorisé, et ce qui ne l’est pas.
Le point de départ légal : certaines actions sont interdites sur les espèces protégées
Pour les espèces protégées, la loi interdit notamment la destruction, la capture, l’enlèvement, la perturbation intentionnelle, ainsi que la destruction/enlèvement des nids ou œufs, et même l’altération des habitats selon les cas.
Traduction concrète : avant de “faire quelque chose”, il faut savoir si l’espèce est protégée. C’est particulièrement important dans des situations courantes en Île-de-France (ex. chauves-souris dans un bâtiment, certains oiseaux nicheurs, etc.). La LPO rappelle par exemple que toutes les chauves-souris sont protégées en France.
La loi distingue plusieurs régimes : protégé, encadré, ESOD
En simplifiant, on rencontre principalement trois cadres :
Espèces protégées : Le principe est l’interdiction d’atteinte (capture, destruction, perturbation, nids/gîtes).
Espèces encadrées par la chasse / la régulation : Certaines opérations de destruction/régulation existent, mais elles ne peuvent pas viser des espèces protégées.
Espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD) : Les listes ESOD et les territoires concernés sont fixés par des textes (avec annexes départementales) et peuvent évoluer.
Ce que tu peux faire légalement, dans presque tous les cas
Même quand la loi encadre fortement l’action sur l’animal, tu as toujours le droit (et c’est souvent le plus efficace) d’agir sur l’environnement.
Mesures généralement autorisées et recommandées
sécuriser les déchets (poubelles fermées, sacs non accessibles)
supprimer les sources de nourriture extérieure (gamelles, restes, compost accessible)
réduire les abris collés au bâtiment (tas de bois, zones encombrées)
sécuriser techniquement le bâti (grilles, protections, colmatage raisonné après diagnostic)
observer et documenter (photos, traces, horaires) pour identifier l’espèce
Objectif : traiter la cause (nourriture, accès, abri) plutôt que réagir uniquement à la présence.
Ce qui est le plus souvent interdit ou risqué juridiquement
Sans entrer dans des cas ultra-spécifiques, voici les erreurs qui créent le plus de problèmes.
Actions à éviter par défaut
capturer un animal sauvage “à la main” ou avec un piège improvisé sans cadre
déplacer un animal “plus loin” sans identification et sans vérifier le statut
détruire un nid ou un gîte sans certitude sur l’espèce et la période
utiliser des moyens non sélectifs ou dangereux
Pourquoi : dès que tu touches à l’animal (capture, transport, détention, relâcher) ou à son site (nid, gîte), tu entres dans un champ réglementé, et pour les espèces protégées cela peut être interdit.
Le cas particulier du piégeage : c’est encadré, pas “libre”
En France, le piégeage est réglementé : il existe un agrément et des règles de déclaration.
Agrément : Toute personne qui utilise des pièges doit être agréée par le préfet (attestation valable au niveau national).
Déclaration : La pose de pièges doit faire l’objet d’une déclaration en mairie de la commune concernée (selon les modalités prévues).
Types de pièges : Le Code de l’environnement prévoit que la liste des types de pièges autorisés est fixée au niveau ministériel et qu’ils doivent répondre à des exigences de sélectivité selon leur principe ou conditions d’emploi.
Conclusion pratique : “mettre un piège” n’est pas un geste neutre juridiquement. Même quand une espèce est ESOD, la méthode reste encadrée.
Cas typiques et bonne décision
Animal dans les combles / plafond : Ne pas boucher au hasard. Le bon enchaînement est : identifier l’espèce probable, localiser l’accès, choisir la méthode compatible avec le statut, puis sécuriser l’anti-retour.
Nid, gîte, colonie (ex. chauves-souris) : Ne pas détruire ou perturber. Les chauves-souris étant protégées, la conduite à tenir passe par une approche de cohabitation/gestion encadrée et des relais compétents.
Animal blessé ou en détresse : Éviter la manipulation directe si tu n’es pas formé. Les centres de soins existent pour prendre en charge des animaux sauvages blessés ou malades avec vocation à les relâcher.
La démarche “propre” côté APAPPC
Pour être conforme et efficace, la logique recommandée est toujours la même : diagnostic sur place, identification/validation du statut, méthode adaptée (et légale), puis sécurisation anti-retour. Cela évite les récidives et réduit les risques pour les personnes.
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Questions fréquentes :
Ai-je le droit de capturer un animal sauvage chez moi en Île-de-France ?
Ça dépend de l’espèce et du contexte. Dès qu’il s’agit d’une espèce protégée, la capture et la détention font partie des interdictions de principe.
Puis-je détruire un nid dans ma toiture ?
Pas sans vérifier l’espèce et le cadre applicable. Pour les espèces protégées, la destruction/enlèvement des nids/œufs fait partie des interdictions de principe.
Est-ce que “ESOD” veut dire “libre de faire” ?
Non. Les ESOD sont définies par des listes/territoires et les modalités restent encadrées.
Ai-je le droit de poser un piège dans mon jardin ?
Le piégeage est encadré : agrément du piégeur et déclaration en mairie, avec des règles sur les pièges autorisés.



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